- Future futile 5:37
- Bâtisseur de cathédrale 5:36
- Hypocondrium forces 5:42
- Le silence des grottes 4:55
- 2666 6:38
- La Dandy 7:37
- Hands of the puppeteers 6:18
- La rencontre révée 6:10
- Irrévérentieux 6:21
- Visionaire 9:06

 

Visionnaire - (Juin 1997)
Enregistré du 3 au 17 février 1997, jours & nuits, au studio Friedman, Goteborg, Suède.
Produit et Mixé par Fredrik Nordström, assisté par Anders Fridén.

Cet album n'est pas un concept ou un quelconque story board que ce soit. C'est le fruit de quarante cinq journées d'écriture acharnée et systématique autour de plusieurs thèmes glanés par nos inspirations éparses et diverses. "Visionnaire" a été souvent dépeint comme le voyage initiatique d'Alceste, héros de Molière, misanthrope de la perfection, à travers le temps dans un cosmos futuriste peuplé de miasmes morbides. C'est une seconde époque qui s'ouvre pour le misanthrope, projeté à son insu dans une vie à partager après sa séparation avec autrui. "La dernière pierre" ne fut dressée que pour construire un édifice de paille qui comme les châteaux de cartes sont vulnérables aux effets du vent. Cet album narre notre vision d'une suite improbable à l'immense oeuvre de Molière. Tels ses disciples et au désanchantement de tous nous vous annonçons notre retour. Celui des forces foudroyantes, du métal hyponcondre.
"Future futile" est un cri de douleur, l'effroi du malheur d'une vie terrestre à jamais râtée, éternellement décalée. Une suite de journées ou tout devient inhumanisme et égoïsme. C'est une savante analyse sur la futilité du devenir de l'être. Fidèle à son portrait, inutile mais réel notre devenir est à l'image de nos vies. Ce texte est l'ultime espoir d'une race en perdition tendant vers une fin de siècle apocalyptique, d'une élite spirituelle amoureuse du néant et des lendemains sans avenir. Une fois de plus nous avons la preuve que tous les chemins de croix ne mènent qu'à l'impasse.
"Bâtisseur de cathédrales" est un texte métaphorique avec une passionnante portée et une profondeur réelle. Nous sommes partis d'un petit récit fantasmagorique écrit en forme de paraboles pour en faire une oeuvre sur la perversion et la défaite du bien. Tout y est animé par la création artistique et l'immondice. Rivalité éternelle entre le bien et le mal ou la force motrice de la mécanique des mots s'articule autour de la frappe systématique de marteleur des pleurs.

"Hypochondrium forces" est le véritable hymne de Misanthrope avec son refrain tout en symbole. C'est un texte simple et concis, véritable table de la loi de la secte misanthropique, ou nos égos et la pureté de notre engagement dans la misanthropie est une fois de plus mise à l'épreuve. Alors qui sommes nous ? Parfait acteur, misanthrope de la tromperie ou détestables hyponcondres ? Même si l'incertitude est or, nous ne pouvons tenter de vous rallier à notre cause, tel le gourou à son assemblée. En ne formant plus qu'un, notre utopiste vie d'harmonie serait plus envisageable.

"Le silence des grottes", texte autobiographique est totalement à part du reste de l'album. C'est une épopée homérique ou Alceste pénètre dans les entrailles d'une grotte sans fin. A travers ces galeries telles les méandres du théâtre du bizarre, il est confronté à de nombreuses énigmes et interrogations. C'est un interdit, un tabou brisé car l'entrée de certains sites (comme "the grey orchard") ne peuvent être pénétrés, voir bafoués par l'impie, le néophyte. Le dépaysement de ce lieu vous fait totalement oublier votre apartenance à ce monde moderne et vous plonge vers quelque chose de pure et fidèle aux puissances du passé.

"2666..." A jamais rongé par le désespoir de ses envies suicidaires, Alceste maître à penser d'une secte misanthropique de dérision, personnage détourné à l'oeuvre de Molière est projeté dans le temps 1000 années après sa création. Il nous fait passer de 1666... théâtre bizarre à 2666... futile future. A jamais reclus dans sa courtoise retraite au sommet des monts, notre utopiste vagabond fut à son insu éjecté de son époque par un préciseuse narcotique de fleur de lotus savamment élaborée par le grand alchimiste de Louis XIV. C'est le voyage cosmique d'Alceste parmi les humanistes. La seule chose qui soit sûre, c'est qu'il en est désenchanté, et de l'univers ne résonne plus que sa colère.

"La Dandy" fait partie de la thématique sur l'érotisme et la perversion sexuelle que l'on retrouve sur chacun de nos albums. Après "childhood memories", "l'érotique courtoise" et "courtisane syphilitique" ce texte est le quatrième volet de la série. Porté sur les gènes hermaphrodites de l'homme, les deux côtés du sexe. C'est une ouverture impolie sur les plaisirs subtils de défendu ou crasse, malaise, mort, immondice et écoeurement viennent écorcher vos excitations les plus libertines. On y oppose le dandysme à la saleté, on y étale un indéniable encouragement à l'homosexualité. On veut faire réagir l'auditeur en transformant tout ce qui est mal et immoral en beauté des cataclysmes.

"Hands of the puppeters" quand la machine remplacera l'homme est la base de ce thème assez classique mais quand il est revisité par Misanthrope, il nous offre de belles notions d'humanisme, où la décadence technique mènera l'homme à sa perte. Parfaitement en lien avec "visionnaire" et "futile future", c'est encore un texte d'alerte sur le devenir de l'homme. Ici l'automate est une sorte de clone de soi-même, remplaçant autrui durant ses corvées, ne le laissant lui-même que durant les rares moments de plaisir. Notre personnalité à venir se dédouble, allant jusqu'à renverser les rôles ou l'automate devient l'homme, et l'être ne devient plus que larve sans vie. C'est le problème de notre société de loisirs à construire, où l'oisiveté est unique avenir.

"La rencontre rêvée" est une véritable histoire d'amour. Comme quoi ce mot veut encore dire quelque chose et à sa place dans le cloaque de demain. L'impossibilité et la distance laissent place à l'imaginaire. C'est un très beau texte inspiré et presque romantique. Un cri, un pleur, une dépression... La véritable douleur d'un désespéré face à cet amour impossible avec celle qu'il n'a même pas rencontré. On retrouve une attraction hétérosexuelle dans ce morceau ce qui nous laisse présager qu'il est adressé d'un homme à une femme. Ce nouveau thème devrait revenir à l'avenir.

"Irrévérencieux" est le morceau le plus direct de l'album où toutes les institutions sont bafouées. C'est un texte choc, véritable blasphème à notre vie, à nos éducations. Nihiliste, misanthrope de la destruction à l'étendard noir et éphémère se pavane en décadence ou l'irrévérence est une sublime mélopée d'arrogance et de violence. Le renversement des idéaux ne se fait pas en un titre mais avec celui-ci bien du terrain a été défriché... on avance.

"Visionnaire" tels les gardiens de la connaissance nous offrons au monde notre vision du devenir de l'homme, qui tels les rats au son de la flûte enchantée, iront en masse se jeter du haut des précipices. Ce titre est un véritable creuset d'idées alliant tous les thèmes de l'album en une chanson générique et symbolique. C'est la concrétisation de notre savoir et de nos expériences. Il est un peu osé, voir erroné de se proclamer visionnaire. Mais notre analyse n'est pas si détachée que de ce qui se passera réellement, où l'homme finira muselé, déchu et parqué comme une bête. Un monde de direction unilatérale où seuls quelques élus feront régner l'ordre et la discipline. Seul le temps et notre force destructrice le confirmeront. Alors poètes atypiques ou sectes apocalyptiques, que se cache-t-il derrière ces cinq hommes dressés contre tous ? Peut-être quelques notes de musique, mais sur celle-ci j'espère que nous aurons l'occasion d'y revenir...
S.A.S. de L'Argilière

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